Vous connaissez l'histoire du corse et du kabyle?

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bijou-.jpgSur la route, on en apprend des choses. On s’essaie à reprendre par cœur un solo de Bechet (« rose de Picardie », un bonheur). On n’y arrive pas toujours, mais c’est de toute façon du plaisir. Mon métier, c’est, régulièrement, la route. Par coups de 400 bornes, je déplace ma petite entreprise, vers des destinations inconnues. Sans peur, sans hâte (c’est interdit), la Tom-tom Girl m’annonce les « tournez à droite » et les « sortie imminente », sans trop déranger l’écoute divertissante du susdit Jazzman. 

Toutes choses ayant une fin, et un disque 20 plages, il arrive qu’au lieu de musique, entrent dans mes écoutilles des paroles. France Inter RDS-isée, elle m’accompagne souvent avec intérêt. Vous avez sans doute remarqué, l’appel à pétition, en haut, à droite, pour l’émission supprimée. Je ne reviendrai pas sur cette disparition, sauf pour une fois de plus, exprimé mon regret de ne plus entendre quasi quotidiennement cette joyeuse bande.
Mais fautes de grives, on mange des merles et me voici au volant, à l’écoute de la remplaçante. 

Et Mercredi dernier, c’était Fellag, invité à l’émission (la bande à) Nonobstant. Le petit robot qui pose les questions, c’est Yves Calvi, qui aura droit à son papier, un jour de colère.
Fellag, je connaissais. Moins médiatisé que Jamel Debouze, Gad Elmaleh ou Smaïn, c’est un humoriste, écrivain, libre-penseur, Algérien d’origine Kabyle. Interdit de séjour plusieurs années en Algérie, il se mit à la politique le jour où, comme jadis Pierre Dac ayant un regard panoramique sur la misère du monde, il prit le parti d’en rire. A la misère, l’humour, pourrait être son credo. Se mettre à la politique est un bien grand mot. Sans étiquettes idéologiques, le fond même de ses spectacles est politique. Ce qui lui vaudra un attentat en plein milieu de son spectacle, en 1995. Depuis, il vit en France. Ne retournant en Algérie qu’une fois par an, pour la famille.

Durant cet entretien, Fellag nous raconte des passages de sa vie. Avec l’humour qu’on lui connaît, il expose la situation de la décolonisation de son pays. Il était jeune, mais ses souvenirs semblent intacts. Notamment un jour, on lui apprend que des français viendront dans son village pour confisquer les fusils : « Il faut savoir, qu’à l’époque, en Kabylie, on comptait souvent le nombre d’habitant d’un village en fusil. Que tel village était habité par 60 fusils. » . Déjà le sourire me remonte les lèvres. 

Puis viens sa description. Sans paraphraser, Fellag nous explique, que des français, dans ses montagnes Kabyles, on n’en voyait pas beaucoup. Parfois un gendarme, parfois un fonctionnaire, mais très rarement. Dans son imaginaire, cultivé par ses parents, il voyait le français comme un grand homme blond, aux yeux bleus comme l’azur, et beau à en crever (certains, malheureusement, prirent cette dernière information au pied de la lettre). A l’annonce du désarmement massif, le petit Fellag se fit une joie de rencontrer enfin ces hommes beaux, blonds etc. Mais, alors que des tirailleurs sénégalais s’approchaient du village, bannière tricolore droite devant, il déchanta. Et en plus, ces militaires, arrivé au village après plusieurs heures de marche, prièrent Allah, car c’était la fin du Ramadan !

Quelques années plus tard, il eut beaucoup de peine à croire, à son arrivée en France, le Douanier français capillairement blondé, oculairement bleuté lui annonçant « république française, vos papiers s’il vous plait ».

 

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