La génétique, l'Art, et moi

Publié le par Alex

 

 

Tous le monde, a dans un coin de sa tète ronde le souvenir d’un endroit qui leur est cher. L’enfance, l’amour, la liberté insouciante, une humeur, la famille, suffisent à calmer les tempêtes de la mémoire pour découvrir, plus ou moins en ruines, les vestiges d’une maison, d’une place, d’une ville. Généralement, ces moments, merveilleusement vécus, et merveilleux à revivre ne sont que peu intéressant à la lecture, et encore moins à l’écriture. Vous verrez ici un paradoxe me concernant, j’n’en suis pas à un près.

 

Et puis il existe des lieux communs. Les cathédrales, les ponts, les mairies, les maisons d’artistes. Celles-ci sont avalées par le tourisme. L’importance dans nos sociétés de ces monuments n’est bien sûr pas uniquement mercantile, mais il existe des églises ou l’entrée est payante.

 

Et puis, il y a le mélange des deux. L’histoire que je vais vous dire a tout de la petite, et de la grande. Je ne dévoilerais simplement pas la ville, pour éviter qu’opportuns, irrespectueux, ne trouve trop facilement l’endroit. Mais il  faudra pas sortir de saint cyr pour retrouver, comme Marie Derein, la maison citée plus bas.  

 

Nous sommes donc au bord de la mer, sur une plage. A cette plage, se déverse, au printemps, les eaux de neiges de la montagne du coin. Ce détail à son importance, car il faut longer le cours d’eau, ou le lit tari selon la saison. Presque sorti de la ville (la marche est courte la première fois, bien trop longues toutes les autres) on passe sous un pont, et on arrive à la maison. Enfin, on arrive à une porte, en bois. Derrière cette porte, une œuvre, deux œuvres se

sont créé.

En 1869, ou 70 selon les sources, un des papas de la génétique y a créé un jardin expérimental, exotique en l’occurrence. Mais ce travail, car c’en est, intéressa peu. Il bouge de là, louant la maison à un instituteur de perpignan. La maison était suffisamment grande pour sa femme et ses filles. Ernest, car c’est son prénom devait aussi être un poil timbré pour vouloir vivre dans cette maison. Un original, sans doute, mais ce trait de caractère fit bien plus que « loger sa famille et lui ».

 

Une trentaine d’année après le départ du jardinier, Henri Matisse qui passait par là fut scotché. Fauve, ou fauviste, j’ai jamais su dire, les verts, les marrons, les lumières s’échappant des palmiers, et des cocotiers ne pouvait qu’attirer ses yeux, tout du moins son regard. Imaginez notre Henri, plutôt jeune (nous sommes en 1905 à peu pres) devant ce spectacle. Des palmiers de 30 ans, déjà en train de se courber, l’impression d’obscurité rayonnante, sur fond de vert émeraude.

Il tire la bobinette, un monsieur arrive.

Ernest rencontre Henri, et bien qu’original, il se méfiait le prof.

« Bonjour monsieur, votre jardin m’a marqué. J’aimerais vous demander l’autorisation de le peindre. Mais j’ai besoin de temps. »

« Dis donc mon ptit bonhomme, ça serait pas parce que t’a vus mes filles que tu veux tremper ton pinceau ? »

« Ho que non mon cher monsieur, si vous le souhaitez, je n’aurais aucun contact avec vos filles. C’est le jardin qui m’a attiré ».

« tope la, donc ».

 

Alors Matisse s’installe, au deuxième, pour se mettre au travail. 3 semaines de labeur, ne donnant malheureusement rien. Il jette presque tout, il doit pester, doit se trouver nul.
Mais il faut voir le monstre à peindre ! Du vert étouffant ! Des troncs gigantesques ! Des fougères énormes ! Comment ressortir vivant d’un enfer pareil ? Nous sommes en 1905 ; les canons de la peinture sont tels qu’ils le sont.

Et il peint. En rêvant ? Dans le noir ? Dos au jardin, dans sa chambre ?

On s’en cague, comme on dit dans le coin.
Au bout de son épreuve, a bout, il renonce. Il salue Ernest, lui tend un tableau, qui ne servira à rien.

 

 lapalma.jpg

 

 

Et bien chers amis, j’y étais il y a quelques mois. J’y retourne dans une semaine.

 

Il pourrait y avoir une conclusion à mon exposé. Ou une morale.

Il n’y a PAS de continuité dans la création. Matisse n’a pas pu traduire son jardin comme il l’entendait. Il l’a fait comme il l’a voulu ! Il venait d’être exposer avec Van Dongen, dans la cage aux fauves. Et à peine 6 mois plus tard, il change tout, détruit sa propre méthode. Il n’avait simplement pas le choix (faites moi confiance, j’ai vu ce jardin, c’est une brume trop verte). Et quand on fait quoi que ce soit, autant le faire bien.

 

Cette maison m’est très chère. Elle appartient à la famille d’une des femmes de ma vie. Et j’y ai rencontré une autre (nettement moins « de ma vie », car on vit à deux, mais quelle femme !). Cette maison est magique, la culture y a fait son nid. Elle a révolutionné la science. Elle a révolutionné l’art, elle a révolutionné un homme ! Et elle m’a retourné. Cl. y est aussi sûrement pour quelque chose.

 

Merci à vous donc, Charles, Ernest, Henri. Et bien sûr, merci Laurène.

Pourquoi je vous en cause ?

Parce que.  

 

Comment s'est terminé le séjour de Matisse?  En partant, Henri propose à Ernest le tableau : « c’est bon, t’a pas vu mes filles, y’ pas de raisons que je regarde ta croute »… .

Publié dans BijouX

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PPlemoqueur 11/08/2011 10:18



Hi !


Merci pour la video.


Ce  qui suit devrait te plaire, mais tu dois sans doute connaître.


http://www.youtube.com/watch?v=zDkW2QWvhN0



Alex 08/07/2011 09:50



Petite rectification. Le tableau "la palma", n'a pas été réalisé à "la palma".Vraisemblabement composé de mémoire.


Toutefois,  "fenêtre sur fond noir" (la légende raconte que le noir recouvre un aperçu du jardin), vraiment pas fauve du tout pour le coup, oui.